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CATHERINE RANNOU

Frankrijk, 1964

In de zomers van 2006-2007 en 2008-2009 verbleef de Franse architecte Catherine Rannou telkens gedurende twee maanden in een Franse en een Frans-Italiaanse basis op Antarctica. De installatie Colonisations 2041 is samengesteld uit de verschillende materialen die getuigen van de ontwikkeling van wetenschappelijke stations op Antarctica. Rannou tekent in haar installatie een vorm van ‘Zuidpoolurbanisatie’ uit, die de dagelijkse realiteit van deze onderzoeksstations in vraag stelt: het belang van energievoorziening, het beheer van afval, het trekken van wegen en tunnels, de aanvoer van bouwmaterialen…

Polar Expeditions >

Website: catherine-rannou.blogspot.com

1. De quelle manière est né votre intérêt pour les pôles (fascination ancienne, lecture, rencontre, documentaire)?

Il y a une vingtaine d'années j'ai validé mon diplôme d'architecte en concevant des espaces pour des personnes aveugles. Je me suis promenée régulièrement avec des non-voyants à Paris, dans la ville où je vivais. La question de la perception de l'espace sans lumière m'a habité dans mes projets, et l'alternance jour-nuit comme on le connaît aux pôles m'a toujours questionné. Comment l'homme s'adapte à ce type de contrainte, aménage t'il ses espaces différemment etc...Et bien sûr comment s'adapte t'il aux conditions climatiques, comment habite t'il là? L'Antarctique m'intéressait également pour ses sociétés "contemporaines et exogènes" qui se sont partagé l'Antarctique. D'autre part l'existence d'un traité qui déclare l'Antarctique terre de sciences et de paix, était pour moi comme la création d'un lieu hors temps, hors monde, et constituait pour moi une sorte de voyage en utopie. L'Arctique m'intéresse également, puisque je conçois actuellement un habitat mobile pour ces régions, pour ses traditions ancestrales mais envahies par d'autres sociétés.

2. Combien de voyages avez-vous effectué vers les pôles ?

2 séjours de deux mois chacun dans les stations françaises et franco-italiennes antarctique (Dumont d'Urville, Prudhomme, le raid terrestre, Concordia)

3. Quand les avez-vous effectués?

été austral 2006/2007 à Dumont d'Urville été austral 2008/2009 à Prudhomme, raid terrestre, Concordia, Dumont d'Urville

4. Combien de temps y êtes vous resté ?

4 mois au total

5. Êtes vous parti seul, en groupe ? Pour quelle raison ?

Il est très rare d'arpenter seul l'Antarctique, les contraintes logistiques et climatiques sont trop importantes. J'étais la première fois dans le cadre de l'année polaire internationale dans un programme initié par l'IPEV (Institut français Paul Emile Victor) intitulé Art aux Pôles". Nous étions deux artistes au milieu d'une société de 80 scientifiques et logisticiens. La deuxième fois, c'est à l'occasion d'une bourse de recherche française "villa Médicis Hors les murs", et soutenue par l'IPEV et le PNRA. J'ai pu effectuer le raid terrestre logistique qui approvisionne la station Concordia située dans le continent. Pendant 20 jours à 9km/h sur le plateau Antarctique. J'étais la seule artiste, et une des rares femmes au sein d'un groupe restreint de logisticiens.

6. Quels sentiments avez-vous ressenti lors de votre (vos) voyage(s) ?

Le terme de voyage ne me semble pas adapté au type d'expérience que j'ai pu avoir dans les stations, étant donné que j'y étais pour travailler et non pour du loisirs, qui est en général associé à la notion de voyage. Nous devions aider les scientifiques, les ravitailler, évacuer les déchets des stations, conduire les véhicules etc... La première expérience en antarctique, est une sorte d'éblouissement, de curiosité rassasiée qui est normale pour toute première fois dans ce type d'espace, mais avec en même temps la réalité palpable de ce type d'implantations humaines hors normes, qui montre l'importance de l'énergie, les problèmes de gestion de déchets, le manque d'autonomie de la science, les relations humaines faussées, voir artificialisées pour une cohésion du groupe... La deuxième fois, mon regard était plus acéré, plus documenté aussi, et je savais exactement ce que je cherchais à "cartographier", j'étais également concentrée sur un protocole "32Ko"* que j'avais élaboré, afin de rester le plus possible concentrée sur mes problématiques d'aménagement du territoire.

7. Quels défis avez-vous du relever au cours de votre (vos) voyage(s) ?

De rester" une artiste" au sein d'une société importée et principalement masculine d'ingénieurs, de scientifiques, de logisticiens, d'artisans

8. Comptez-vous effectuer d’autres voyages ?

Je travaille actuellement sur un habitat autonome bio-climatique mobile; le GlacioM2 destiné à l'Arctique. Lorsqu'un prototype sera réalisé je compte participer aux tests in situ.

9. Aviez-vous défini par avance la nature de votre projet artistique ?

Oui dans les deux cas. La première fois j'étais concentrée sur l'espace bâti existant de la station historique Dumont d'Urville, et la notion d'espace public, et d'urbanisation de l'Antarctique. se matérialisant par des vidéos, dessins, et photographies. dans la seconde expédition j'étais plus concentrée sur les questions de logistique et avait mis en place le protocole 32Ko qui s'est matérialisé par une mise en ligne quotidienne de textes, dessins, photographies, revendiquées comme des œuvres et non uniquement comme des éléments documentaires. Un livre d'artiste a ensuite été édité à partir des ce site internet, ainsi que des installations multimédias

10. De quelle manière votre projet a t’il été modifié par les conditions de sa réalisation ?

Ma démarche d'artiste liée à l'habitat, la logistique, s'enrichit de hasards, coïncidences, quotidiens, qui font que je ne peur parler de modifications de projets, mais plutôt d'enrichissement dus aux imprévus et rencontres.

11. Avez-vous eu sur place des contacts avec des scientifiques ? De quelle manière cette rencontre a-t-elle influencé votre travail ?

Mes rencontres avec les scientifiques sont essentiellement liées au quotidien, à la vie en communauté et à la participation à leurs protocoles de recherche, et "manips". Ce qui pourrait avoir influencé mon travail est de vivre avec eux quotidiennement ce tiraillement entre la volonté d'un mode de vie plus respectueux de l'environnement, et en même temps l'énergie fossile que nécessite la recherche dans ces milieux extrêmes. "ma sciences a l'odeur du fioul", me disais une océanographe qui travaille sur l'évolution des climats. des tracteurs, des hélicoptères permettent aux scientifiques comme les glaciologues de se déplacer et de faire leurs prélèvements. En même temps il s'agit d'un nombre infime de personnes: 4000 scientifiques par ans sont en Antarctique, alors que 40 000 touristes s'y rendent...avec des bateaux à moteurs et avions.

12. Existe t’il pour vous une forme d’urgence à effectuer un travail sur les pôles ?

L'urgence est à mon sens de rendre visible par des regards d'artistes, en profondeur, les problématiques polaires et les enjeux en dehors de toute esthétique, de questionner à la fois les enjeux scientifiques et territoriaux. Les pôles sont des palimpsestes de nos sociétés et de leurs déséquilibres, sortes de révélateurs grandeur nature, de ce qu'il est plus complexe de lire dans des environnements plus hospitaliers et aménagés.

13. Possédez-vous une documentation spécifique de votre voyage ?

Oui, elle est archivée, organisée au fur et à mesure des prélèvements en temps réel. Des photos, vidéos, diaporama, mais aussi de nombreux croquis "relèvent" les espaces que je parcours. Cette documentation constitue une sorte de cartographie en mouvement, d'hypercarte

14. De quelle manière utilisez-vous cette documentation pour produire de nouvelles œuvres ?

Sous forme d'agglomération, d'installations de différents types de support (vidéo, plan, dessins animés, constructions, photos) mis en espace simultanément en résonnance avec le lieu de l'exposition.

15. Considérez-vous qu’il existe une esthétique des pôles ?

Oui, je pense qu'il y en une mais qui masque les vraies questions et enjeux, c'est un effort permanent pour l'artiste de s'en dégager.

16. Quel lien existe-t-il à vos yeux entre les territoires que vous avez découverts et leur propriété ou non propriété par des états nations?

L'Antarctique est un territoire qui est principalement "occupé" par des pays nantis et originaires de cultures anglo-saxonne ou coloniales.. Actuellement on constate une surenchère de constructions de bases nationales, alors qu'une coopération entre les pays serait plus constructive et durable. Des stations aujourd'hui tombent en ruine et manquent de fonds pour être restaurées. La science est elle un prétexte aujourd'hui à la vue d'enjeux économiques et énergétiques plus graves à venir? Le traité de l'Antarctique et le protocole de Madrid suffiront ils à protéger ce continent éternellement?

17. Comment situez-vous votre travail vis-à-vis à de celui d’autres artistes concernés par les pôles ?

Mes questions autour de l'habitat, la féminité, la logistique, les déchets, la gestion des pénuries, ne me mettent pas dans une perspective art-sciences mais plutôt dans celles de l'environnement, de l'aménagement soutenable d'un territoire, à court et long terme. La logistique et ses prolongements est à mon sens au coeur des questions que soulève l'occupation d'un territoire par un groupe humain en général où que ce soit.

Catherine Rannou